1911, une planète disparaît!

Johann Palisa
Johann Palisa

Le 5 octobre 1911, l’astronome autrichien Johann Palisa [1], grand chasseur d’astéroïdes et de comètes, découvre un nouveau corps céleste que l’on s’empresse de considérer comme une nouvelle planète et Palisa la nomme « planète MT »[2].  Carl Frederik Pechüle, de l’observatoire de Copenhague, confirme la découverte mais l’arrivée de la Pleine Lune contraint les astronomes à cesser leurs observations du fait de la pollution lumineuse engendrée par la Lune. Lorsqu’ils repointent leurs instruments dans le ciel, la planète MT a disparu! On mobilise les plus grands instruments de la Terre de Johannesburg à Greenwich, en vain, la planète mystérieuse s’est volatilisée.

A la recherche de la planète MT

Le mot planète signifie en grec « astre errant » et MT est lié à la nomenclature des astres dans leur ordre de découverte. MT vient donc après l’astre MS et avant l’astre MU.

Dès lors, il faut utiliser les trois seules mesures qui ont été faites par les astronomes pour déterminer la position de cet astre étrange. L’astronome allemand Julius Heinrich Franz de l’université de Breslau (Pologne) détermine en premier les paramètres de la planète MT et annonce que sa période (temps que l’astre met à faire le tour du Soleil) est de 12 ans. Mais il fait observer que cette période est très incertaine car les observations réalisées ne comprennent qu’un jour d’intervalle. Difficile donc de localiser exactement la position de l’astre dans le ciel. Afin de calculer une orbite à l’aide d’observations réparties sur un intervalle de temps peu étendu, le mathématicien américain Armin Otto Leuschner met au point un modèle et fait plancher deux de ses élèves : Haynes et Pitman. Les deux jeunes étudiants réussissent très rapidement à donner les paramètres de la trajectoire de l’astre [2].

Données de Haynes et Pitman
Données de Haynes et Pitman

Quelques jours après les premières observations à peine, et en utilisant leurs résultats, on pointe à nouveau le ciel avec les instruments et de Greenwich à Johannesburg en passant par Heidelberg, la planète MT refait son apparition! Un cliché a même pu être pris le 18 octobre (que je n’ai pas pu retrouver). Avec ces nouvelles observations, on détermine la période à un peu plus de 4 ans. En 1913, on renomme ce qui est en fait un astéroïde et non une véritable planète au sens où l’entend aujourd’hui. C’est le nom d’Albert qui est choisi, en l’honneur du baron Albert Freiherr von Rothschild, bienfaiteur de l’observatoire de Vienne.

En 1915, soit 4 ans plus tard, quand l’astre revient à proximité de la Terre, on cherche à l’observer de nouveau mais impossible de le retrouver! Voilà que l’astre a à nouveau disparu! Il faut probablement considérer les incertitudes de mesures faites par les jeunes astronomes américains pour expliquer cette « disparition ».

L’identification exacte

Ce n’est qu’en 2000 [3] qu’on identifie à nouveau cet astre dans le ciel grâce au Spacewatch Project, un programme américain de surveillance du ciel. On pense alors qu’il s’agit d’un nouvel astre et il fut baptisé 2000 JW8. Gareth Williams, du Minor Planet Center, eut l’idée que 2000 JW8 pouvait correspondre à l’astéroïde Albert qui n’avait jamais fait l’objet de nouvelles observations et qui avait été classé dans la catégorie des astéroïdes perdus. Après quelques observations qui ont permis de mieux définir les paramètres de la trajectoire de 2000 JW8, Williams peut remonter dans le temps et constater que 2000 JW8 était passé près de la Terre en 1911. Plus de doute possible, c’est bien la planète MT, ou Albert l’astéroïde perdu, qui a été retrouvé.

L’astéroïde 719 Albert (1911MT)

Trajectoire Amor
Trajectoire Amor

Albert est un astéroïde Amor, ce qui signifie qu’il ne croise jamais la trajectoire de la Terre [4]. Ce n’est pas un géocroiseur mais un aérocroiseur. Albert et ses 2,4km de long a également une petite particularité : après 7 révolutions il repasse exactement au même point près de la Terre. Ce qui signifie que tous les 30 ans, au jour près, Albert est dans notre voisinage. Regardez d’un peu plus près les dates [5] où Albert nous a croisé au plus près:

8 septembre 1911 à 08h15
8 septembre 1941 à 16h50
6 septembre 1971 à 04h03
5 septembre 2001 à 08h40

Alors vous vous dites que le prochain passage est pour 2031… Raté! Ce sera le 19 septembre 2048, puis 2078 etc. Pourquoi? Son dernier passage à proximité de Jupiter en 2003 a nettement perturbé sa trajectoire. De plus, il ne repassera jamais aussi près que lors de sa découverte en 1911. Mais l’astéroïde a fini d’intriguer les scientifiques et peut tranquillement poursuivre son voyage cosmique.

Sources :
[1] Wikipedia, Johann Palisa.
[2] La Revue Scientifique, édition du deuxième semestre 1912, page 68.
[3] Minor Planet Center.
[4] Petites histoires des sciences.
[5] Jet Propulsion Laboratory, Informations sur la trajectoire de 719 Albert (1911 MT).

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