
Un moine du XIᵉ siècle aurait anticipé, de manière empirique, ce que Halley démontrera mathématiquement six siècles plus tard.
L’université de Leiden aux Pays-Bas a relayé[1] ce mois-ci un article[2] paru sur le site Astronomie.nl, qui lui-même est disponible sur la plateforme ArXiv[3] où la périodicité de la comète de Halley n’est pas le fait de Halley mais d’un moine anglais : Eilmer. Voyons ça de plus près.
La comète de Halley
Edmond Halley (1656-742), astronome anglais, s’appuie sur la physique newtonienne naissante pour identifier que les comètes observées en 1531, 1607 et 1682 sont en réalité la même comète, revenant tous les 76 ans environ. Il fournit par le calcul la preuve scientifique de la périodicité et prédit son retour en 1758. Cette prédiction est un fait majeur de l’histoire des sciences puisque la physique mathématique se montre capable de prévoir des évènements cosmiques qui, jusque-là, étaient inexpliqués ou associés à de sombres présages comme mort de rois, famines, guerres, etc.
Mais évidemment, cette comète existait bien avant 1531 et on a retrouvé des traces de son passage dans certaines chroniques. Par exemple, la comète apparaît durant le court règne du roi Harold Godwinson, du 6 janvier au 14 octobre 1066 et elle a été immortalisée sur la célèbre tapisserie de Bayeux, retraçant la conquête normande en 1066.

Les sources sur la comète
Les recherches de sources menées par Portegies, Zwart et Lewis montrent qu’une comète a bien été observée au cours des siècles autour de cette date. Il est intéressant de voir le traitement de la comète à travers les différentes chroniques et de retracer la chronologie de cette comète.
Fin avril, début mai 1066, la comète est visible dans le ciel. De là, on identifie deux traditions de récits : la tradition anglaise avec ses chroniqueurs locaux qui se veut factuelle, et la tradition normande plus encline à un récit de propagande.
Les trois sources anglaises sont Anglo-Saxon Chronicle, John of Worcester et Guillaume de Malmesbury, toutes situées entre la fin du XIe pour la première à environ 1125 pour celle de Guillaume. Aucune d’entre elles ne lie la comète au couronnement d’Harold en janvier 1066, ou à un évènement politique majeur. La comète est un signe mais il n’y a pas de manipulation narrative.
De l’autre côté, on a identifié pas moins de quatre sources normandes : William of Jumièges, William of Poitiers, Carmen de Hastingae Proelio et donc la fameuse tapisserie de Bayeux. Toutes ces sources ont été produites entre 1070 et 1077, donc relativement proches de la conquête normande de 1066. Toutes proposent une manipulation des évènements puisque les dates sont déplacées pour servir le récit. La tapisserie place la comète juste avant le couronnement d’Harold, qui a eu lieu 6 janvier 1066. Or, en réalité, la comète n’a été visible en Angleterre qu’à partir du 24 avril 1066, soit plus de trois mois après le couronnement, et pour quelques semaines seulement. Cette légère distorsion est volontaire car elle sert à associer la comète à l’usurpation supposée d’Harold, motivant l’invasion de Guillaume le Conquérant qui débarque avec plusieurs milliers d’hommes et des centaines de navires à Pevensey, sur la côte sud de l’Angleterre le 28 septembre 1066, soit après le passage de la comète dans le ciel.
Revenons à l’aspect scientifique de l’article.
Le moine Eilmer
Eilmer (ou Æthelmær) est un moine bénédictin anglais, né vers 985 et vivant encore après 1066. Tout ce que nous savons de lui provient d’un seul auteur : Guillaume de Malmesbury, chroniqueur du début du XIIᵉ siècle, qui écrit la Gesta regum Anglorum. Guillaume était lui-même moine de la même abbaye, ce qui suggère qu’il a pu connaître Eilmer très âgé ou recueillir des témoignages directs.
Eilmer est surtout célèbre pour avoir tenté l’un des premiers vols planés documentés[4] de l’histoire européenne. Inspiré par le mythe de Dédale et Icare, il se fabrique des ailes mécaniques attachées aux bras et aux jambes. Depuis une tour de l’abbaye, il parvient à parcourir environ 200 mètres avant de s’écraser et de se briser les jambes. Il explique ensuite son échec par l’absence d’un « empennage », autrement dit une queue stabilisatrice — intuition remarquable pour l’époque.

(source : athelstan museum)
Le moine Eilmer aurait donc observé la comète en 989 puis en 1066, réalisant qu’il s’agissait du même objet céleste, et comme il se doit, le souverain fût prévenu de ce mauvais présage. Cette conclusion provient d’un passage du chroniqueur Guillaume de Malmesbury (XIIᵉ siècle), longtemps négligé par les historiens.
L’article montre que des observateurs médiévaux pouvaient établir des liens temporels sur plusieurs décennies, malgré l’absence d’outils modernes. On pourrait reconsidérer l’attribution du nom de la comète : si Eilmer avait compris sa périodicité, la comète pourrait théoriquement porter un autre nom. Cet article illustre l’intérêt de l’archéoastronomie, discipline qui combine histoire, philologie et astrophysique.
[1] https://www.universiteitleiden.nl/en/news/2026/01/halleys-comet-wrongly-named-11th-century-english-monk-predates-british-astronomer
[2] https://www.astronomie.nl/nieuws/11e-eeuwse-engelse-monnik-ontdekte-periodiciteit-van-de-komeet-van-halley-al-4795
[3] https://arxiv.org/abs/2511.14809
[4] Eilmer The Flying Monk – Athelstan Museum https://www.athelstanmuseum.org.uk/malmesbury-history/people/eilmer-the-flying-monk/
L’image en avant a été générée par IA

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